Langage bec et plumes
Un son donné par l'envie forme un langage
Son propre son porté par sa vie vole et voyage
se pose
sur une guitare

BRRRRRR
ZOOOOO
MIIIIIIIIIII

Les plûmes caressent les cymbales
le bec se cogne au manche de guitare
les pattes raccrochent aux cordes

DUMM
FRRRR
POOC

Et soudain un envol
FFFFFFFFFFFUUUUU
PUUM

PA PO PA PO PA PO
On marche parmi eux
PA PO PA PO PA PO
Parmi les sons qui laissent s'envoler
les plumes
des mandarins

Gratte
Cogne
Frappe
Touche
Frôle
Frémi
Résonne

un nid s'est formé sur un accord
un do retenti lors d'un envol
les mandarins
font du bruit. 


NM

« On dirait de la musique sortie tout droit de l’espace, tu ne trouves pas ?
Tu entends ce sifflement ?
- Oui.
- Whoooooo!
- Toi aussi tu as entendu ce sifflement ?
- On dirait… de la musique de l’espace.
- Je me demande ce que ça peut bien être. »

- « Qui va nous croire ?
- Personne. Est-ce que nous devons leur dire ?
- Je ne sais pas. On va devoir réfléchir ». 1

Cette anecdote ne prouve pas qu'il y a de la musique dans l'espace, mais montre que les fréquences sonores produites par la technologie radiophonique permet de capter des ondes ou fréquences qui peuvent suggérer un bruit, un son, traduisible par l’ouïe. Là où il est possible de capter des ondes ou des fréquences, il est possible d'écouter un son. De la musique du silence proférée par John Cage, aux fréquences, et vibrations qui peuvent être captées par les technologies scientifiques, la perception sonore est sans cesse remise en question et redécouverte.

John Cage nous rappelle ce qu'est réellement la musique, avant tout, elle passe par l'écoute. Il considère la nature comme une immense banque de sons avec laquelle nous pouvons dialoguer et dont nous pouvons nous inspirer pour créer. Il nous invite à affiner notre sensibilité musicale à travers son travail sur les bruits du quotidien, ou les bruits de la nature qu’il amplifie de telle sorte que l’auditeur peut percevoir les sonorités de ce qu’il touche ou observe. John Cage a défié les conventions du monde musical en s’intéressant au temps et surtout en ménageant un espace dans lequel le son est aussi important que le silence. Ainsi il travaille dans une parenthèse temporelle en accordant le silence comme « partie intégrante d’une pièce musicale2».

« Ce qu'ils ont pris pour du silence, parce qu'ils ne savent pas écouter, était rempli de bruits au hasard. On entendait un vent léger dehors pendant le premier mouvement. Pendant le deuxième, des gouttes de pluie se sont mises à danser sur le toit, et pendant le troisième ce sont les gens eux-mêmes qui ont produit toutes sortes de sons intéressants en parlant ou en s'en allant3».

Dans cette oeuvre Cage propose au spectateur un temps d’écoute, afin de percevoir le silence comme un espace où le spectateur se concentre sur l’espace autour de lui. Lorsqu’en 1940 John Cage visita la chambre insonorisée de l’université Harvard, il réussit à entendre des sons dans cet espace. Les sons qu’il percevait ont été expliqués par un ingénieur comme étant le résultat de l’activité de son système nerveux et de la circulation du sang dans son corps. Il réalisa qu’il était impossible de percevoir le silence total et que le monde était empreint de sonorités, vibrations et donc de sons. Son travail qui défie les conventions du monde musical et jette un regard philosophique sur la musique et l’attention que l’on porte au monde sonore autour de nous. Car cette démarche rompt la séparation entre le musicien et le spectateur en laissant le spectateur developper sa propre sensibilité musicale et définir lui même dans quel espace sonore il veut exister.

L’oeuvre de John Cage se développe autour de plusieurs formes et réflexions, c’est un travail polymorphe qui développe certains aspects de la musique qui n’étaient pas encore considérés. Par exemple il considère les silences comme composants égaux à l’oeuvre sonore, c’est à dire que les silences sont aussi voire plus importants que le sons dans une composition sonore car elle ouvre l’esprit à la découverte d’un nouvel espace sonore. Il privilégie aussi l’aléatoire dans la composition musicale et invente de nouveaux codes de composition, par exemple dans Music of Changes, une oeuvre pour piano composée à l’aide du hasard et du YI KING (livre Classique des changements, qui propose un système binaires qui peut être utilisé pour faire des divinations). Music of Changes est une suite de quatre pièces pour piano d’une durée de 43 minutes environ, bien qu’il soit impossible de connaitre la vrai durée totale car Cage propose une pièce composée de manière totalement aléatoire. Tous les éléments formelles de l’oeuvre (tempo, durée, hauteurs…) ont été assemblés aléatoirement dans une notation extrêmement précise. Ainsi Cage propose non seulement une réflexion sur le langage musical mais également une nouvelle façon de composer la musique. La musique ne peut pas être définie de façon limitée. Elle est un langage universel, compréhensible par tous, qui, sous des formes diverses, nous transmet des sensations dans le corps et l’esprit et nous fait prendre conscience de la présence et de la place des hommes et de la nature dans l’espace sonore.

Le langage musical évolue sans cesse dans notre quotidien, les artistes le questionnent et expérimentent la forme sonore. La réflexion autour de la forme aléatoire dans la composition de la musique comme l’a privilégié John Cage dans les années 50, s’exprime encore aujourd’hui sous d’autres formes. Le simple fait que la nature réalise son propre langage aboutit à une composition musicale aléatoire que l’on retrouve dans l’oeuvre de Céleste Boursier-Mougenot, un artiste contemporain qui produit un nouveau langage sonore grâce à son travail sur le lien entre le son et la nature. « From here to ear » est une installation réalisée en 2012, qui présente une volière où le public est invité à côtoyer une performance de mandarins dont les mouvements engendrent en direct une pièce musicale. Cette œuvre est vivante et éphémère, les oiseaux créent librement une oeuvre sonore, dans leurs gestes naturels et leurs instincts, on retrouve un langage poétique et sonore générée par le lien entre la vie et le son.

Dans l’acte de composition Céleste Boursier-Mougenot n’utilise aucun code musical mais joue sur l’aléatoire en choisissant d’attribuer l’acte de création musicale aux mandarins. Ainsi l’animal propose une création sonore aléatoire générée par ses actes du quotidien où le sonore devient un espace de vie. Céleste Boursier-Mougenot donne une forme autonome à sa musique en choisissant des lieux destinés à l’art contemporain. Il crée des dispositifs où le sons et le mouvement coopèrent dans un acte de composition éphémère qui se renouvellent en permanence. Il montre au spectateur que les bruits de notre environnement qui ne sont pas produits à des fins musicales, relèvent pourtant d’un potentiel d’écoute et l’invite à une expérience sensorielle. Il explore le langage poétique et le langage musical par la mise en forme de ses installations.































« Un oiseau nocturne et solitaire choisit alors
de venir contrepointer les basses tambourinantes. Ce petit manège sonore se prolongea sur deux minutes, après quoi le silence put reprendre ses droits. Il n’y avait pas un souffle de vent ni une goutte de pluie, ce soir-là, et le public averti se tenait parfaitement coi. Pendant une à deux minutes, le silence, en effet, fut total, d’une profondeur telle qu’on l’eût juré éternel. Sans pitié pour nos nerfs, le pianiste le brisa d’un seul coup, tuant la magie de l’instant, en plaquant les premiers accords de la transcription, par Franz Liszt, de La Mort d’Isolde. L’effet n’aurait pas été plus violent si quelque bûcheron avait démarré sa tronçonneuse à quelques mètres de là. Apparement, je n’étais pas le seul à souhaiter que les murmures de la forêt aient duré un peu plus longtemps ».

Alex Ross, Listen to this,
Éditions Actes Sud, 2015. p388.

Ce passage décrit lorsqu’au cours de l’été 2010, Pedja Muzijevic mit 4’33’’ au programme d’un récital qu’il donna dans la même clairière de Maverick, situé à un jet de pierre de Woodstock.